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1974 : LE TOURNANT DES ANNÉES SOIXANTE-DIX (1)

Elvis Presley a connu trois grands tournants dans sa carrière musicale. Le premier est dû à son départ pour l’armée en 1958. De retour en 1960, le changement s’exprime cette année même, à partir de l’album «G.I. Blues», qui rassemble les chansons enregistrées pour le film portant le même titre. Le deuxième tournant a lieu en 1968, lorsqu’il décide de se reprendre en main et de s’exprimer autrement que par l’intermédiaire des scénarios des films qu’on lui fait tourner. Le troisième enfin se déroule dans le courant de l’année 1974. En effet, entre 1969, l’année qui marque son retour sur scène après huit ans d’absence, et l’année 74, Elvis a retrouvé toute l’inspiration, l’énergie et la célébrité qui le caractérisaient dans les années 50. Après 74, il est certes malade, mais il a gagné en assurance, et pour cette raison il s’autorise à mieux exprimer sa personnalité, ainsi qu’à mieux expérimenter son chant sur scène. Sa voix est également plus grave et plus puissante, et son succès n’en est que plus grand encore. Mais que s’est-il passé en 1974?
En écoutant les enregistrements, on ne peut conclure qu’à une seule chose : Elvis entame une dépression! Serait-ce dû à son divorce voulu par Priscilla et prononcé en Octobre 1973? Ce n’est pas impossible. Mais le plus curieux c’est qu’au mois de Janvier il revient sur scène en pleine forme et dans une humeur excellente. Ce n’est en fait qu’à partir du mois de Mai que l’on se rend compte que quelque chose est entrain de se passer dans sa tête. La pire période de sa carrière commence en fait au mois d’Août et s’étale jusqu’en Octobre 1974. En effet, à ce moment-là il monte chaque soir sur scène dans un piteux état et se livre à un spectacle, certes intéressant, mais qui n’a rien à voir avec un concert musical!
Pour mieux comprendre cela, une succincte revue de la première partie de l’année 1974 s’impose.

Le King entame l’année en effectuant sa dixième saison à Las Vegas, au Hilton hotel. Celle-ci s'étend du 26 Janvier au 09 Février. Un enregistrement «audience» du concert du 06 Février à minuit existe sous le titre «Chekmate In Las Vegas» ; il est quasiment complet. Ce qu’on peut remarquer à première vue c’est que contrairement à 1973, année généralement moyenne en ce qui concerne les shows d’Elvis, celui-ci apparaît en pleine forme vocale et semble avoir récupéré toute l’énergie qu’il avait peut-être un peu trop dépensé dans le courant de l’année 72. Comme à chaque mois de janvier son répertoire s’est enrichi de nouvelles chansons, comme par exemple «Spanish Eyes», «Why Me Lord», «Help Me» et «Let Me Be There». On remarque aussi le retour de «Trying To Get To You», «Sweet Caroline» et de «Blueberry Hill». Il se permet même certaines plaisanteries osées, comme dans «Fever», par exemple, où il feint de commettre un lapsus : «You give me fever when you hold my dick… Huh, me tight!» (que chacun traduise…) Bref, 1974 se présente pour Elvis sous les meilleurs auspices.

Du 1er au 20 Mars il effectue sa première tournée de l’année, l’une des meilleures de toute sa carrière. Il en existe en tout six concerts disponibles sur le marché parallèle, et un seul (malheureusement tronqué!) sur le marché officiel.
Le concert donné à Houston, Texas, le 03 Mars (cf. «Event Number 8») montre un Elvis nerveux et angoissé. Ceci peut s’expliquer pour deux raisons. Tout d’abord il effectue sa première tournée depuis huit mois ; ensuite et surtout, la taille de l’Astrodome, dans lequel il chante ce jour-là, n’a pas permis à l’orchestre de Joe Guercio de l’accompagner sur scène. On peut donc penser qu’il craint que la qualité de son spectacle soit amoindrie. En fait il n’en est rien.
Il existe aussi le concert de Roanoke, le 10 Mars 1974, dans l'album «Live From Roanoke». Je n’ai pas eu l’occasion de l’écouter.
Suivent les enregistrements des concerts des 16 et 17 Mars à Memphis, la propre ville du King, dans les albums «Hello Memphis!» et «The Alternative Memphis». Le premier est un «soundboard» et le deuxième un «audience» d’excellente qualité sonore. En outre, ces concerts sont artistiquement exemplaires.
Le 18, à Richmond, en Virginie, Elvis exécute le MEILLEUR concert de cette tournée, qui est aussi l’un des meilleurs de toute sa carrière. Il est en pleine forme vocale, enchaîne une chanson après l’autre et gère bien ses interprétations. Il plaisante volontiers avec son public et les musiciens sont au top, comme d’habitude. On trouve l’enregistrement de ce concert dans un parallèle au son parfait, tiré d’un «soundboard», intitulé «Guaranteed To Blow Your Mind». L’écoute en est plus que conseillée, même si malheureusement sa diffusion se fait de plus en plus rare.
Le King revient à Memphis le 20 Mars pour achever sa tournée. Ce sont des extraits de ce concert que sa maison de disque décide de commercialiser sous le titre «Elvis Recorded Live On Stage In Memphis». Malheureusement, le show est moins bon que celui de Richmond, et les ventes ne décollent pas vraiment. Du coup, la maison de disque ne sortira plus de concerts du vivant d’Elvis, ce qui est regrettable lorsqu’on sait que la cause n’est pas imputable à Elvis lui-même, mais au choix du concert et à la décision de lui amputer pas moins de huit chansons! Notons cependant que l’intégralité de ce concert existe dans le parallèle «Steamroller Blues».

La tournée suivante est de très courte durée, puisqu’elle ne s’étend que du 10 au 13 Mai. Avec deux représentations effectuées le 11 à Los Angeles, le King assure un total de cinq concerts. Celui du 11 après-midi est disponible en «audience» sous le titre «Los Angeles California». Elvis y interprète pour la seule fois de sa carrière «You Can Have Her», qu’on ne retrouve d’ailleurs sur aucun enregistrement en studio. Autre nouveauté : l’apparition de «Big Boss Man», qu’il avait enregistré en 1967 et qu’il chante ici pour la première fois sur scène. Il l’interprètera jusqu’en 1977, l’année de sa mort.

Quelques jours plus tard il entame sa troisième saison à Lake Tahoe, dans le Nevada, une ville qui se veut le pendant de Las Vegas. La saison se déroule du 16 au 27 Mai. Or, c’est à partir de ce moment-là que l’on observe un début de changement chez Presley.
Personnellement, lorsque j’ai écouté pour la première fois l’album «And The King For Dessert», contenant l’enregistrement du show du 25, j’ai été extrêmement surpris de constater qu’il semblait extrêmement fatigué, que sa voix ne portait plus comme c’était le cas deux mois plus tôt, et que sa motivation avait l’air sérieusement atteinte! L’écoute du concert de la veille, disponible dans l’album «Spanish Eyes», ne fait que confirmer cette impression, bien qu’il faille noter de superbes interprétations, à l’image de «Bridge Over Troubled Water», de Simon & Garfunkel. Le coffret «A Profile, The King On Stage Vol.2», sorti en 1996, permet d’écouter la quasi-totalité du show de clôture, celui du 27 Mai. Dans ce concert, une inquiétante nouveauté est à signaler : pour la première fois de l’année Elvis prononce un juron, à l’issue de «Hound Dog». Persuadé en effet qu’il a raté la fin de la chanson, il dit à ses musiciens : «On a raté? Fils de pute, on recommence!». Ceci donne la tonalité de la période qui va suivre!
Ces trois documents, bien qu’étant des parallèles, sont des enregistrements «soundboard». Il en existe un quatrième, un «audience» intitulé «Big Boss Man At Lake Tahoe», enregistré le 24 Mai à 20h30. Je n'ai pas encore eu l'occasion de l'écouter.

Du 15 Juin au 02 Juillet le King est à nouveau en tournée.
De celle-ci existent deux documents en «soundboard» : le concert de Fort Worth, Texas, du 15 Juin, édité dans l’album «Man In White, Vol.1», ainsi que celui de Kansas City, Missouri, du 29 Juin, disponible dans le coffret «A Profile, The King On Stage Vol.1». Ces deux enregistrements sont complétés par deux autres, des «audiences» cette fois-ci : les deux représentations données à Niagara Falls, N.Y., le 24 Juin, respectivement dans les albums «Rockin’ Against The roarin’ falls» et «Conquering The Falls» (ce dernier étant quasiment inaudible).
Les deux concerts de Niagara Falls présentent un Elvis qui semble avoir récupéré toute son énergie. Cependant, durant le concert de Kansas City, il apparaît tout autant fatigué et déprimé qu’à Lake Tahoe un mois plus tôt. Notons tout de même qu’il se paie un bon fou-rire avec son public juste avant d’entonner «I Got A Woman», la traditionnelle deuxième chanson des shows. Intéressant : c’est à partir de cette tournée que l’on peut entendre pour la première fois des cuivres dans l’introduction de «Polk Salad Annie». Toutefois, on sent dans sa voix qu’il n’est pas du tout en forme, et que cela n’est peut-être pas seulement dû à la fatigue provoquée par de longues tournées! En effet, discrètement, Elvis commence vraisemblablement à se payer une bonne dépression…

Le basculement a lieu en Août, durant la onzième saison qu’il effectue à Las Vegas.

(Suite en page 4)


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Louis CAMPOS.

elvis-presley-1974
10/06/05